La jeune fille est étendue sur le sol.
Endormie d'un sommeil lourd. Elle ne bouge pas, sa tête est tournée sur le côté droit les mains posés maladroitement le long de ses cuisses.
Instant privilégié, la jeune femme semble figée dans le temps.
Tout autour d'elle semble s'être arrêté en même temps que son sommeil.
Son visage est calme. Il ne montre aucun signe extérieur de stresse. Toutes mauvaises pensées, tout problème semble s'être envolé comme les vapeurs d'alcool qui envahissent l'espace de la chambre.
Elle semble indifférente à cela, indifférente même au monde extérieur.
Insouciante, elle ne se lève pas pour ouvrir la porte, se moquant complètement de la personne qui tambourine contre sa porte depuis une dizaine de minutes comme si il cherchait à l'extraire de ce petit paradis où elle s'est réfugié. Il se lassera bien avant elle.
Son visage est doux, le teint mat témoigne d'un long séjour au soleil.
Sa bouche pulpeuse semble vidée de toute énergie, figée dans une légère moue.
Les lèvres sont entrouvertes et un petit grain de beauté termine la ligne de sa lèvre supérieure.
Elle en est très fière de ce grain de beauté, le considérant comme un atout de séduction, dans une posture à la Marilyn, les hommes sont à ses pieds s'excitant pour un simple pou pou pi dou, s'exaltant d'aventures d'une nuit, cherchant à oublier quelque chose mais quoi? Même Dieu l'ignore.
Elle semble écrasée par l'air de la pièce. Le silence qui y règne, accentue un mal être déjà bien présent. Il semble s'être passé quelque chose ici.Quelque chose de malsain, l'air de la pièce en est empli.
La chaleur de ma pièce indique que le monde extérieur s'est animé il y a déjà une douzaine d'heures.
Et ce corps toujours inanimé qui semblait se régénérer, récupérer d'une vie sans sommeil.
Elle dormait, comme si elle cherchait à fuir.A fuir ce monde avec ses horreurs, ce monde devenu l'ombre de lui même une parodie de vie.
Un monde d'illusion où même la réalité parait illusoire, elle dort pour chercher autre chose, un monde différent auquel elle porterait un véritable intérêt.
Elle a vu tant d'horreur, tant d'injustice,tellement de cruauté, elle a vu la véritable nature humaine et elle ne peut plus le supporter.
Le sommeil est le seul remède, son dernier lieu de réconfort. Ici, le vrai monde ne l'atteint pas, c'est le dernier rempart face à la nature humaine.
De nouveaux coups contre la porte. Ils resteront toujours sans réponse. Une sorte d'appel au retour à la réalité qui restera avorté. Elle est loin de cet affront, elle n'entend rien, elle ne veut rien entendre. Elle est fatiguée de se voiler la face, fatiguée de faire semblant, de se battre dans une lutte dont le monde semble se foutre.
Le monde extérieur s'anime sans elle. D'ailleurs, il n'a jamais cherché à l'attendre pour tourner, alors , après tout pourquoi subitement s'inquiéterait-elle de ce qui l'entoure. Elle a bien raison de réagir ainsi, elle ne compte pas pour le monde, il n'attend rien d'elle.
Loin du bruit et de la violence extérieur, la jeune femme est à l'abri dans cette pièce aux murs blancs et pour seuls témoins un tableau venant perturber l'harmonie de la pièce et le lit.
Cette pièce, elle l'avait arrangée de sorte que dès qu'elle pénètre à l'intérieur, tout autour d'elle s'efface, s'oublie. Cette pièce respirait le calme, la sérénité et lui a permit longtemps de tenir le coup, de ne pas faire ce qu'elle est en train de faire.
Elle en avait fait son refuge, un rempart et petit à petit il était devenu son tombeau, un lieu de recueil, loin de tous ces bruits, ces cris, ces enfants crevant la dalle qu'on utilisait juste pour se faire du fric, l'exploitation de la misère a toujours été le meilleur moyen de se faire du blé, et pourtant après quinze ans de pub pour des dons rien n'a bougé. On exploite la misère pour s'enrichir, tous ces salaud qui se font des couilles en or même si ils ont mis des pères de famille dans la misère en coulant leur propre univers.
Elle n'avait plus la force de lutter pour un monde différent.
Sa seule réponse au monde fût de dormir d'un sommeil lourd et profond.
Son seul souhait à présent était que cela dure le plus longtemps possible, souhait qui sera réalisé.
Son corps ne bougeait plus, il se vidait de toute sa fatigue accumulée pendant ces dernières semaines.
Elle dort et seul un flingue encore fumant semble se soucier d'elle.


